Laure GIGOU :
Conservateur Départemental des Musées
   
   

 

BRAMABIAU! Une grotte qui représente une mémoire pour les spéléos ! Pour moi c'est un nom qui chante la légende. Tout un poème avec cette rivière du Bonheur qui la traverse. On parle de la perte du Bonheur puis de sa résurgence. Comment ne peut on pas rêver devant de tels noms.

Je comprends très bien que cette grotte ait pu inspirer un peintre. Mais pourquoi un peintre contemporain? S'agit-il d'un retour aux sources ? Essayer de retrouver ce qui a conduit les premiers hommes aux premières manifestations de l'art. Il est bien certain que si les magdaléniens se sont emparés de cet espace, (la grotte par essence) s'ils ont voulu se l'approprier, c'est que ce lieu les inspirait particulièrement. Y a-t-il cri nous un inconscient fossile qui nous conduise à retrouver les gestes des hommes qui n'étaient plus primitifs mais des gens déjà très civilisés ?

Oui mais Jean TRUEL ne s'est emparé de la grotte qu'après une longue démarche.

Les premiers temps furent timides. Il traduisait ses sensations dans un espace et sur un support conventionnel la toile peinte.

Puis ce fut une démarche qui le conduisit à franchir la frontière de l'espace.

Il souhaitait montrer au grand jour ses sensations de spéléo. Mais comme la grotte n'est pas un espace que nos sens peuvent appréhender facilement, son appropriation des lieux lui a fait franchir le cadre traditionnel du support classique.

Ce furent les peintures rupestres de plein air.

Montrer au grand jour, dans un espace sans limite, les sensations, les impressions, la vision du peintre des grottes.

Et non seulement il s'affranchissait de l'espace mais allait au delà du temps.

Cette peinture qui s'écaille, ces plaques de bois qui s'effritent, qui se cassent, le minéral qui sintègre, les plantes qui veulent reconquérir l'espace, c'est le combat quotidien du temps et de l'art devant l'éternité.

C7est aussi le passage où le peintre qui représente les grottes par son art, intègre une part de ces grottes dans sa peinture.

Dans un troisième temps, nous arrivons à la prise de possession de la grotte par le peintre,

L'étape est franchie. Sûr de lui, sûr de son inspiration, l'artiste ose s'emparer de l'espace grotte, peindre dans ce lieu, le transformer en sanctuaire de l'art contemporain pour suivre la trace de ses ancêtres. Il est des lieux plus favorables que d'autres, et des lieux secrets. Chaque espace peint devient lumière et couleur et irradie l'inspiration.

Enfin, la grotte investie, le peintre ressort au grand jour comme l'enfant du ventre de sa mère. Ne dit-on pas que la grotte est féminine ? Là, arrivé à ce stade l'artiste créé et donne le jour à de nouvelles fresques qui représentent la grotte ct la grotte dans la grotte avec les minéraux et les roches. On a l'impression de pénétrer dans un vaste espace couvert de miroirs où se reflète notre propre visage.

Il s'agit peut être de l'inspiration primordiale de l'art enfin retrouvé.