Patrick GUILLON :
Professeur d'art plastique
   
   

"Le mystère est ce que nous pouvons expérimenter de plus beau. Il est la source de tout art et de toute science véritables". Einstein.

Jean Truel, à la fois peintre et spéléologue, pratique une peinture de l'origine, du primordial ; il crée la peinture comme la terre et l'eau créent la grotte. Sa peinture est une exploration de la toile et des possibilités picturales d'évocation ? réelle, imaginaire ou symbolique ? de la grotte, de même le spéléologue explore, découvre l'espace protéiforme et indéfini de la grotte et, en même temps, son propre espace mental. Ainsi, la grotte est la métaphore du crâne et son exploration picturale revient à rechercher l'imaginaire de son propre espace mentali Autrement dit, la grotte en peinture est la peinture de la subjectivité de Jean TRUEL. Mais aussi, la grotte en peinture est la peinture de l'origine de la peinture, à savoir, la peinture de la préhistoire du sujet.

Sur terre, la lumière du soleil produit une visibilité stable et définie. Sous terre, le spéléologue porte sur lui la lumière ? sur son casque qui rend visi ble le monde souterrain. La source de visibilité étant aussi mobile que le récepteur de celle?ci, le visible devient aussi changeant, instable que le parcours souterrain du voyant et ce phénomène > adhère totalement à la nature de l'espace souterrain ; labyrinthe, espace décentré, discontinuité que la subjectivité de l'explorateur or donne en continuité et sens par sa mémoire. Jean TRUEL extirpe ainsi de ses voyages "au centre de la terre" et de sa mémoire, la révélation de la terre créatrice et de l'imaginaire créateur.

Depuis de nombreuses années, l'artiste développe en parallèle trois sortes de pratique :

1° une peinture de la grotte, c'est à dire à même ses parois et rochers qui peut, soit évoquer l'écoulement de l'eau et son travail d'érosion, de fabrication des formes et des couleurs souterraines, soit ponctuer l'espace de signes et de surfaces colorées selon des parcours labyrinthiques. Le fil d'Ariane pouvant assembler ces ensembles discontinus et pourtant continués trouve son lieu de prédilection dans la mémoire du peintre et dans celle du spectateur attentif.

2° les "structures de plein air", c'est à dire une peinture sur des pla ques de fibrociment espacées par des vides, posées à même le sol et disposées selon le principe du labyrinthe. Cette seconde pratique constitue, pour Jean TRUEL, la "grotte extériorisée" le pendant, à la surface du sol, du travail pic tural sur les volumes de la grotte.

3° les tableaux de chevalet qui peuvent être peints dans la grotte ou dans son atelier. Ils incorporent, outre l'iconographie et les couleurs de la grotte, du sable, des cailloux souterrains, des morceaux de fibrociment issus des "structures de plein air" et des photos des peintures pariétales. Là encore, les parties conservent la mémoire du tout dont elles sont originaires et y renvoient parce que chaque élément est conçu de manière organique.

Tout en s'inspirant du travail de la nature, sa peinture fonctionne comme la Nature crée : son oeuvre est nature naturante et non pas nature naturée. Remercions Jean TRUEL d'offrir au monde l'oeuvre du monde qui nous porte à partir de son sous-sol et celle de notre propre monde à partir de notre propre sous-sol. Remercions-le d'exposer au collège "Paul Bert", de donner aux élèves de Capestang la possibilité de voir la puissance de l'oeuvre créante.